Sélectionner une page

La plesse et le plessage

Cette présentation est reprise du site de l’association Haies Vives. Textes et images de Bernard Gambier.

plessageAvec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage à l’époque néolithique, les peuples chasseurs-cueilleurs devenus agriculteurs durent rapidement faire face à un problème majeur : contenir le bétail dans des enclos suffisamment hermétiques pour éviter sa divagation mais aussi protéger les cultures des dégâts occasionnés par les animaux sauvages ou domestiques.

La première solution a certainement été de construire des murets de pierres sèches là où la matière première abondait, cette pratique est toujours en usage en Irlande et dans les régions de montagne. Les murets se couvraient rapidement d’un boisement naturel d’épineux qui renforçait leur vocation défensive.

Là où le bois était disponible en quantité, la confection de palissades de branchages tressés était d’usage. Ces palissades portent le nom de “haies sèches” ou “haies mortes”. Ce type de clôture, s’il avait l’avantage de l’efficacité, était peu durable et devait être remplacé régulièrement. L’importante consommation de bois nécessaire à la construction et à la maintenance de ces ouvrages se faisait au détriment des réserves. Certains gouvernements royaux, soucieux de préserver la ressource, recommandaient à leurs sujets la plantation d’arbres et arbustes vivants pour la réalisation des clôtures. Les haies de bois vif ne demandaient pas plus de travail et étaient plus pérennes que les haies de bois mort. Ainsi sont apparues les premières “haies vives”.

La haie vive a un inconvénient majeur : son homogénéité n’est pas toujours parfaite. C’est surtout au pied des haies que les dégradations sont les plus marquées. Les végétaux se dégarnissent à la base, certains arbustes meurent ou sont broutés par le bétail, les animaux profitent bien souvent de ces faiblesses pour retrouver leur liberté ! Nous sommes à la fin du moyen âge, le fil de fer n’apparaîtra qu’à la fin du 19ème siècle ; le paysan imagine donc une technique de conduite et d’entretien de la haie qui survivra jusqu’à nos jours : le “plessage” (plissage) ou “tressage” des haies vives.

La technique du plessage a semble-t-il été pratiquée partout où la haie était utilisée pour le pacage des animaux domestiques, le côté naturellement défensif des épineux étant renforcé par le tressage des végétaux. Les techniques étaient cependant différentes d’une région à l’autre et elles variaient également en fonction des essences travaillées : chêne et noisetier dans le Morvan, hêtre en Normandie, aubépines et prunellier en Flandres et Avesnois… La tradition la plus marquée est celle qui perdure au Royaume-Uni. Dans certaines régions bocagères comme le Pays de Galles, il est toujours possible de trouver des éleveurs perpétuant cette coutume. Ces techniques, souvent différentes d’une région à l’autre et apparemment très codifiées sont pratiquées avec un outillage manuel spécialement adapté. Elles font maintenant l’objet de nombreux stages et compétitions répartis sur tout le royaume.

Si le plessage avait pour objectif premier de régénérer et de densifier une vieille haie, il était aussi un moyen de récolter du bois de chauffage. En France, cette coutume a perduré dans certaines régions jusqu’aux années 1960. L’évolution de l’agriculture qui est apparue à cette époque et qui a profondément modifié les paysages de toute l’Europe en détruisant en quelques années des bocages nés il y a plusieurs siècles, a mis un coup d’arrêt à une technique très répandue depuis le 18ème. D’anciens agriculteurs pratiquent encore le plessage dans le Morvan, le Perche et les Flandres. Dans les autres régions, la coutume semble s’être éteinte après la deuxième guerre mondiale.

C’est sous la forme de “reliques” de plessage que l’on peut maintenant découvrir ces techniques oubliées, l’hiver étant la saison la plus propice à la recherche de ces vieilles haies ouvragées. On retrouvera facilement ces marques sur les grosses branches horizontales de hêtre, de charme, de noisetier… qui ont conservé une forme que le paysan leur avait imposée il y bien souvent quelques décennies.

Les haies plessées de hêtre sont sans doute les plus harmonieuses. Leurs troncs gris incrustés de lichens prennent l’allure de candélabres aux formes variées. Ces végétaux, “torturés” par l’homme, ont mémorisé des pratiques aujourd’hui disparues.

Ces haies, considérées maintenant comme “patrimoine” en raison de la valeur ethnologique qu’elles représentent mériteraient d’être préservées. Un classement des plus représentatives serait souhaitable avant leur totale disparition !